Les pythagoriciens sont les disciples de Pythagore (vers 570-495 av. J.-C.), un courant philosophique, religieux et scientifique de la Grèce antique fondé au VIᵉ siècle av. J.-C. à Crotone, en Grande-Grèce (Italie du Sud).
Ils ne formaient pas seulement une école de pensée : c'était une communauté de vie avec des règles morales, des pratiques religieuses et une recherche intellectuelle commune.
1. La doctrine fondamentale : « tout est nombre »
La grande intuition pythagoricienne est que la structure profonde du réel est mathématique.
Pour eux, les nombres ne sont pas seulement des outils pour compter : ils sont les principes d'organisation du cosmos.
Quelques exemples :
- les rapports musicaux (octave, quinte, quarte) peuvent être exprimés par des proportions numériques ;
- les mouvements célestes obéissent à une harmonie mathématique ;
- la géométrie révèle l'ordre caché du monde.
C'est l'origine de l'idée de l'harmonie des sphères : les astres, en se déplaçant selon des rapports parfaits, produiraient une musique cosmique que nous ne percevons pas parce que nous y sommes habitués.
2. Le théorème de Pythagore
Les pythagoriciens sont célèbres pour le théorème :
Dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés.
Ils ont probablement découvert ou démontré ce résultat en Grèce, même si des connaissances semblables existaient déjà chez les Babyloniens.
3. Une philosophie religieuse : la purification de l'âme
Les pythagoriciens croyaient à la transmigration des âmes (métempsycose) : après la mort, l'âme peut passer dans un autre être vivant.
La vie philosophique avait donc pour but de purifier l'âme par :
- l'étude des mathématiques ;
- la maîtrise des passions ;
- une vie disciplinée ;
- parfois des pratiques alimentaires particulières (certains refusaient la viande).
La philosophie était pour eux une voie de salut.
4. Une communauté initiatique
L'école pythagoricienne était organisée en deux groupes :
- les acousmatiques (« ceux qui écoutent »), qui recevaient des enseignements et des règles de vie ;
- les mathématiciens (« ceux qui apprennent »), qui approfondissaient les sciences et la philosophie.
Ils avaient des règles de silence, de partage des biens et de fidélité au maître.
5. Influence sur Platon
L'influence des pythagoriciens sur Platon est considérable.
On retrouve chez Platon :
- l'importance des mathématiques pour accéder à la vérité ;
- l'idée d'un monde intelligible supérieur au monde sensible ;
- la conception de la philosophie comme purification de l'âme.
L'inscription légendaire à l'entrée de l'Académie de Platon :
« Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre »
reflète probablement cet héritage pythagoricien.
6. Les limites et les crises
Les pythagoriciens découvrirent aussi des difficultés majeures, notamment l'existence des nombres irrationnels (comme √2), qui semblaient contredire l'idée que tout pouvait être exprimé par des rapports de nombres entiers.
La tradition raconte que la découverte fut tenue secrète, car elle bouleversait leur vision du monde.
En résumé
| Domaine | Idée pythagoricienne |
|---|---|
| Métaphysique | Le réel est fondamentalement nombre |
| Sciences | Les mathématiques révèlent l'ordre du cosmos |
| Religion | L'âme doit être purifiée |
| Morale | Discipline et maîtrise de soi |
| Cosmologie | Harmonie des sphères |
| Influence | Platon, néoplatonisme, sciences modernes |
Les pythagoriciens sont donc un pont remarquable entre religion grecque, mathématiques, philosophie et recherche de la sagesse. Ils représentent l'une des premières tentatives occidentales de penser l'univers comme un ordre rationnel intelligible.