L'écologie profonde (deep ecology en anglais) est un courant philosophique et écologique développé principalement par le philosophe norvégien Arne Næss dans les années 1970.
Son idée centrale est que la nature a une valeur intrinsèque, indépendamment de son utilité pour l'être humain. Autrement dit, les animaux, les plantes, les écosystèmes, les montagnes ou les rivières ont une valeur en eux-mêmes, et pas seulement parce qu'ils nous rendent service.
Écologie « superficielle » et écologie « profonde »
Arne Næss distinguait :
- L'écologie superficielle : elle cherche à réduire la pollution et à protéger les ressources afin d'améliorer le bien-être humain.
- L'écologie profonde : elle remet en question l'idée que l'homme est au centre de tout et affirme que l'humanité n'est qu'une partie de la communauté du vivant.
Quelques principes
L'écologie profonde soutient généralement que :
- Toute forme de vie possède une valeur propre.
- Les humains ne sont pas supérieurs aux autres êtres vivants.
- La diversité biologique est un bien en soi.
- Les activités humaines doivent être limitées lorsqu'elles détruisent inutilement les écosystèmes.
- Une transformation profonde de nos modes de vie est nécessaire.
Un exemple concret
Face à une forêt :
- Une approche « superficielle » dira : « Il faut protéger cette forêt parce qu'elle produit de l'oxygène, stocke du carbone et est utile aux humains. »
- Une approche « profonde » dira : « Cette forêt mérite d'être protégée même si aucun être humain n'en tire de bénéfice direct. »
Critiques
L'écologie profonde a suscité plusieurs critiques :
- Certains lui reprochent de minimiser la spécificité de l'être humain.
- Des penseurs chrétiens, juifs et musulmans considèrent souvent qu'elle efface la distinction entre l'homme et le reste de la création.
- D'autres estiment qu'elle peut conduire à sacrifier les besoins humains au profit de la nature.
Du point de vue chrétien
De nombreux théologiens chrétiens accepteraient l'idée que la création a une valeur parce qu'elle est l'œuvre de Dieu, mais ils refuseraient généralement l'affirmation selon laquelle l'homme n'a pas une place particulière dans la création. Par exemple, des théologiens réformés comme Henri Blocher soulignent que l'être humain est à la fois une créature parmi les autres et porteur de l'image de Dieu (imago Dei), ce qui lui confère une responsabilité particulière envers la création.
On pourrait résumer ainsi :
- Écologie profonde : la nature possède une valeur propre, l'homme n'est pas fondamentalement différent des autres êtres vivants.
- Vision chrétienne classique : la nature possède une valeur parce qu'elle appartient à Dieu, mais l'homme a une dignité et une responsabilité particulières en tant qu'image de Dieu.
C'est l'une des raisons pour lesquelles l'écologie profonde est souvent perçue comme une philosophie proche d'une forme de spiritualité de la nature, plutôt que comme une simple politique environnementale.