Jeanne d’Arc (vers 1412–1431)
Jeanne d'Arc est l’une des figures les plus célèbres de la guerre de Cent Ans.
🏰 Qui était-elle ?
Jeanne naît vers 1412 à Domrémy, en Lorraine, dans une famille paysanne. La France est alors profondément divisée :
- le roi Charles VI est atteint de troubles mentaux ;
- les Anglais contrôlent une grande partie du royaume ;
- le duc de Bourgogne est allié aux Anglais ;
- le dauphin Charles peine à faire reconnaître sa légitimité.
Vers l’âge de 13 ans, Jeanne affirme commencer à entendre des voix célestes, qu'elle attribue notamment à saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite.
À 17 ans environ, elle parvient à rencontrer le dauphin Charles à Chinon.
⚔️ Jeanne et la délivrance d’Orléans
Son rôle militaire est particulièrement spectaculaire.
En 1429, elle rejoint l’armée française alors qu’Orléans est assiégée par les Anglais.
Jeanne participe aux opérations qui conduisent à la levée du siège le 8 mai 1429.
Cette victoire a une immense portée symbolique : elle redonne confiance aux Français.
👑 Le sacre de Charles VII
Après Orléans, Jeanne pousse à poursuivre l'offensive vers Reims, ville traditionnelle du sacre des rois de France.
Le dauphin Charles est finalement sacré Charles VII le 17 juillet 1429 à Reims.
Jeanne est présente à ses côtés.
C'est probablement le sommet de son influence politique et militaire.
🔥 Sa capture et sa mort
En 1430, Jeanne est capturée à Compiègne par les Bourguignons, puis vendue aux Anglais.
Elle est transférée à Rouen, où elle est jugée par un tribunal ecclésiastique présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais.
Le procès est extrêmement complexe et comporte de nombreuses dimensions théologiques, politiques et judiciaires.
Jeanne est finalement condamnée pour hérésie et relapse.
Le 30 mai 1431, elle est brûlée vive à Rouen. Elle avait environ 19 ans.
⚖️ Le second procès
L'histoire ne s'arrête toutefois pas là.
Après la victoire française, Charles VII fait rouvrir l'affaire. Une nouvelle enquête ecclésiastique est menée en 1455-1456.
Le jugement de 1431 est finalement déclaré injuste et Jeanne est réhabilitée en 1456.
Elle sera ensuite :
- béatifiée en 1909 ;
- canonisée en 1920 par le pape Benoît XV.
Elle est aujourd'hui sainte Jeanne d'Arc, patronne secondaire de la France.
✝️ Une question particulièrement intéressante
Jeanne est fascinante aussi du point de vue théologique : elle affirmait recevoir des révélations privées tout en se soumettant, au moins dans ses déclarations, à l'autorité de l'Église.
Son procès pose donc des questions importantes sur le discernement des révélations privées, l'obéissance à l'Église, la conscience personnelle et l'accusation d'hérésie.
Et contrairement à une idée répandue, son procès de 1431 ne peut pas simplement être résumé comme « Jeanne a été condamnée par l'Église » : les circonstances judiciaires et politiques du procès sont beaucoup plus complexes, et l'Église elle-même a annulé cette condamnation en 1456.
Responsio mortifera est du latin et signifie littéralement :
« réponse mortelle » ou « réponse qui donne la mort ».
Mais selon le contexte, mortifera peut avoir un sens plus fort que simplement « mortelle » : qui tue, qui entraîne la mort, funeste, meurtrière.
Dans le contexte du procès de Jeanne d’Arc
Si tu as rencontré responsio mortifera dans un texte relatif au procès de Jeanne, il faut regarder la phrase latine complète, car responsio peut désigner une réponse donnée lors d'un interrogatoire et mortifera peut qualifier juridiquement ou rhétoriquement cette réponse.
Par exemple :
- responsio = réponse, réplique ;
- mortifera = mortelle, funeste, entraînant la mort.
Donc, selon le contexte :
responsio mortifera → « une réponse qui lui fut fatale » peut être une traduction plus naturelle que « réponse mortelle ».
Si tu me donnes la phrase latine complète où tu as vu responsio mortifera, je peux te faire une analyse grammaticale mot par mot et surtout te dire précisément ce que cela signifie dans le contexte du procès de Jeanne d’Arc.
Oui — les principaux adversaires de Jeanne d’Arc étaient bien, au sens religieux, des chrétiens catholiques, et c’est précisément ce qui rend son histoire particulièrement intéressante.
Le texte de l'émission KTO que tu cites met justement le doigt sur une distinction essentielle : la guerre de Cent Ans n'était pas une guerre entre catholiques et protestants ou entre chrétiens et musulmans. En 1431, la Réforme protestante n'existe pas encore. Les Anglais, les Bourguignons, les Français et les membres de l'Université de Paris appartiennent tous à la chrétienté latine.
1. Les Anglais étaient catholiques
Les Anglais de l'époque de Jeanne étaient membres de l'Église latine, sous l'autorité du pape.
Le roi Henri VI d'Angleterre était catholique. Son gouvernement défendait une prétention au trône de France fondée sur les droits dynastiques revendiqués par les Lancastriens.
Les soldats anglais qui combattirent Jeanne n'étaient donc pas des « ennemis de la foi catholique » au sens où on pourrait l'entendre aujourd'hui.
2. Les Bourguignons étaient également catholiques
C'est encore plus évident avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne.
Il était catholique et son duché appartenait pleinement à la chrétienté occidentale. Pourtant, il était allié aux Anglais contre Charles VII et les Armagnacs.
Pourquoi ?
Parce que la guerre était aussi devenue une guerre civile française :
Armagnacs ←→ Bourguignons
et cette guerre civile s'était combinée au conflit dynastique :
Lancastre/Angleterre ←→ Valois/Charles VII
Philippe le Bon avait donc des intérêts politiques, territoriaux et dynastiques qui l'avaient conduit à s'allier aux Anglais.
3. Et surtout : l'Université de Paris était catholique
C'est probablement l'élément le plus surprenant.
L'Université de Paris était une institution ecclésiastique majeure de la chrétienté occidentale. Elle était composée de théologiens et de canonistes catholiques.
Or elle prit position contre Jeanne et participa à la démarche qui conduisit à son procès.
Le procès de 1431 fut donc présenté comme une affaire religieuse, et non simplement comme l'exécution d'une prisonnière de guerre.
Jeanne fut notamment accusée d'erreurs concernant :
- ses « voix » et révélations ;
- ses vêtements masculins ;
- son refus de certaines injonctions ecclésiastiques ;
- son rapport à l'autorité de l'Église ;
- ses déclarations concernant son obéissance à Dieu.
4. Mais attention : « ses ennemis étaient catholiques » ne signifie pas que « l'Église catholique a condamné Jeanne »
C'est là qu'il faut être très précis.
Il y avait effectivement des ecclésiastiques catholiques parmi ceux qui la condamnèrent en 1431, notamment Pierre Cauchon, évêque de Beauvais.
Mais cela ne permet pas de dire simplement :
« L'Église catholique a condamné Jeanne d'Arc comme hérétique. »
Pourquoi ? Parce que le jugement de 1431 fut annulé par l'autorité ecclésiastique en 1456, après une nouvelle procédure.
Le procès de réhabilitation conclut que le premier procès avait été gravement vicié et que la condamnation devait être annulée.
Et, plusieurs siècles plus tard, Jeanne fut béatifiée puis canonisée par l'Église catholique.
5. Le paradoxe historique est donc extraordinaire
On pourrait résumer la situation ainsi :
| Camp | Religion | Position vis-à-vis de Jeanne |
|---|---|---|
| Charles VII / Armagnacs | Catholique | Jeanne est soutenue |
| Anglais / Lancastriens | Catholique | Jeanne est combattue |
| Philippe le Bon / Bourguignons | Catholique | Jeanne est combattue |
| Université de Paris | Catholique | Participe à sa condamnation |
| Jeanne d'Arc | Catholique | Se considère elle-même comme fille de l'Église |
Il ne s'agit donc absolument pas d'une guerre de religion entre catholiques et non-catholiques.
C'est plutôt une guerre dynastique et civile à l'intérieur de la chrétienté catholique, dans laquelle la religion fournit aussi le langage juridique, théologique et politique permettant de légitimer les différents camps.
Et c'est justement ce qui rend le cas de Jeanne passionnant : des catholiques ont pu condamner une autre catholique pour hérésie, alors que celle-ci sera ensuite reconnue comme sainte par la même Église.
Le point le plus intéressant à approfondir est d'ailleurs celui que souligne ton émission KTO : pourquoi des théologiens catholiques de l'Université de Paris ont-ils réellement pu considérer Jeanne comme hérétique ? Ce n'est pas seulement une histoire de « méchants Anglais » : leur raisonnement théologique et canonique mérite d'être examiné de près.
Oui, Pierre Cauchon est justement un personnage central pour comprendre le procès de Jeanne d’Arc.
Pierre Cauchon était évêque de Beauvais depuis 1420. Il était français, théologien et universitaire, et surtout un partisan du parti bourguignon, allié aux Anglais.
Pourquoi Cauchon a-t-il jugé Jeanne ?
Après sa capture en 1430, Jeanne est détenue par les Bourguignons puis livrée aux Anglais. Comme elle avait été capturée dans le diocèse de Beauvais, Cauchon revendiqua une compétence ecclésiastique sur son affaire.
Il souhaitait faire examiner Jeanne pour hérésie, notamment en raison de ses déclarations sur ses voix et ses révélations, de son habillement masculin et de son attitude vis-à-vis de l'autorité ecclésiastique.
Mais il y a une nuance essentielle : Cauchon n'était pas l'évêque de Rouen. Le procès se déroula à Rouen, territoire relevant de l'archevêque de Rouen, et Cauchon présida le tribunal avec d'autres ecclésiastiques dans le cadre de la procédure qui lui avait été confiée.
Était-il donc un « mauvais catholique » ?
C'est beaucoup trop simple.
Cauchon était un prélat catholique parfaitement intégré aux institutions de l'Église de son époque. Il avait étudié à l'Université de Paris et était un théologien et canoniste reconnu.
Son problème est plutôt que son engagement politique et ecclésiastique en faveur du parti anglo-bourguignon était très fort.
Il faut donc distinguer :
Et c'est précisément cette imbrication du religieux, du juridique et du politique qui rend son rôle si controversé.
Enfin, point capital : Cauchon ne participa pas au procès de réhabilitation de 1455-1456, puisqu'il était mort en 1442. Il n'a donc jamais eu à répondre personnellement de la condamnation de Jeanne devant le nouveau tribunal.
Oui. La réhabilitation de Jeanne d’Arc est un épisode capital, parce qu'elle montre que l'Église catholique a elle-même réexaminé et annulé la condamnation de 1431.
1. Pourquoi un nouveau procès ?
Jeanne avait été condamnée à Rouen en 1431, notamment pour hérésie et relapse, puis brûlée le 30 mai 1431.
Mais la situation politique avait complètement changé.
Après la reconquête progressive de la France, Charles VII était désormais solidement installé sur le trône. Les Anglais avaient perdu une grande partie de leurs territoires français.
La mère de Jeanne, Isabelle Romée, demanda alors que le procès de sa fille soit réexaminé.
2. Le procès de nullité de 1455-1456
Le pape Calixte III autorisa l'ouverture d'une nouvelle procédure.
Le procès se déroula principalement à Rouen, mais également dans d'autres lieux.
Des témoins furent interrogés : des compagnons de Jeanne, des habitants de Domrémy, des personnes ayant connu son procès de 1431, ainsi que des ecclésiastiques.
L'objectif n'était pas simplement de dire :
« Jeanne était une bonne personne. »
Il s'agissait juridiquement de déterminer si le procès de 1431 avait été valide.
3. Le jugement de 1456
Le 7 juillet 1456, le tribunal prononça son jugement.
Il déclara notamment que le procès de 1431 avait été entaché de fraudes, erreurs de droit et de fait, et que la condamnation de Jeanne devait être annulée.
Jeanne fut donc officiellement déclarée innocente des accusations qui avaient conduit à sa condamnation.
C'est pourquoi on parle traditionnellement de « procès de réhabilitation », même si l'expression juridique moderne peut être trompeuse : il s'agit surtout d'un procès en nullité de la condamnation précédente.
4. Une chose théologiquement très importante
Il faut bien voir la différence entre les deux procès :
1431 :
Tribunal ecclésiastique → Jeanne déclarée hérétique et relapse → condamnation.
1456 :
Nouvelle enquête ecclésiastique → examen du premier procès → condamnation de 1431 déclarée nulle.
Autrement dit, l'Église qui avait condamné Jeanne en 1431 a ensuite, par une nouvelle procédure ecclésiastique, annulé cette condamnation.
Cela explique pourquoi il serait historiquement incorrect de raconter simplement :
« Jeanne d'Arc fut condamnée par l'Église puis reconnue sainte beaucoup plus tard. »
La correction de son procès commence dès le XVe siècle, seulement 25 ans après sa mort.
5. Et la canonisation ?
Il faut ensuite distinguer trois étapes :
- 1431 : condamnation et exécution ;
- 1456 : annulation de la condamnation et réhabilitation ;
- 1909 : béatification ;
- 1920 : canonisation par Benoît XV.
La canonisation n'est donc pas la « réhabilitation » de Jeanne : celle-ci avait déjà eu lieu en 1456.
Et il y a un paradoxe historique remarquable : Pierre Cauchon, qui avait joué un rôle majeur dans sa condamnation, était mort depuis longtemps lorsque le tribunal de 1456 annula le jugement qu'il avait contribué à établir.
Oui. Et après vérification des sources, je voudrais nuancer ce que je t'ai dit précédemment : le dossier documentaire montre assez précisément qui devait payer, à qui, et surtout d'où provenait l'argent.
1. La source la plus précise : l'acte royal du 30 août 1430
Un document émis à Rouen le 30 août 1430, sous le règne d'Henri VI, mentionne une avance de 600 livres faite par le cardinal Henri Beaufort au roi afin :
« pour aidier a paier les dix mil livres tournois pour ravoir Jehanne la Pucelle »
Autrement dit : « pour aider à payer les dix mille livres tournois pour ravoir Jeanne la Pucelle ».
C'est un document particulièrement intéressant parce qu'il est contemporain des négociations, et non un récit écrit longtemps après.
Il montre donc qu'en août 1430, le gouvernement d'Henri VI était déjà en train de réunir l'argent.
2. Mais qui devait finalement fournir les 10 000 livres ?
C'est là que les sources financières deviennent très intéressantes.
Les États de Normandie votèrent une imposition spéciale de :
« dix mil livres tournois au paiement de l'achat de Jehanne la Pucelle »
La formulation est particulièrement explicite : il s'agit littéralement de l'argent destiné au « paiement de l'achat de Jeanne la Pucelle ».
Donc, contrairement à l'image simplifiée :
« Le roi d'Angleterre sortit 10 000 livres de son trésor et les donna à Jean de Luxembourg »,
la réalité est plus complexe.
Le gouvernement anglais fit financer cette somme notamment par une taxation de la Normandie.
Une étude universitaire récente sur Jeanne comme prisonnière de guerre confirme que les trois États de Normandie avaient approuvé en août 1430 les 10 000 livres tournois, prélevées sur la population normande, et que les ordres royaux furent ensuite émis en septembre.
3. À qui l'argent était-il destiné ?
Le bénéficiaire principal était Jean de Luxembourg, celui qui détenait Jeanne après sa capture.
Les sources historiques identifient bien les 10 000 livres tournois comme la compensation versée à Jean de Luxembourg pour la remise de Jeanne aux Anglais.
Il y avait toutefois une autre somme :
une rente de 300 livres devait être accordée au bâtard de Wandonne, l'homme qui avait effectivement capturé Jeanne sur le champ de bataille.
Une source reprenant le dossier documentaire du procès indique ainsi que le roi Henri offrait :
- 10 000 livres pour obtenir Jeanne ;
- 300 livres de rente au bâtard de Wandonne, son homme d'armes qui l'avait capturée.
Il faut donc distinguer le prix payé au détenteur de Jeanne et la récompense accordée à son capturateur immédiat.
4. Le rôle de Pierre Cauchon
C'est ici que Pierre Cauchon intervient.
Il ne faut pas dire que Cauchon a personnellement acheté Jeanne avec son propre argent.
Il agit comme intermédiaire et représentant des intérêts anglais dans les négociations.
Le dossier du procès rapporte qu'il se présenta devant Jean de Luxembourg et lui proposa, au nom du roi Henri VI, une somme allant jusqu'à 10 000 livres.
Une source historique ancienne reproduisant les documents du procès rapporte également que Cauchon agissait à la fois :
- en tant qu'évêque de Beauvais, en demandant Jeanne au nom de la justice ecclésiastique ;
- et au nom du roi Henri, pour obtenir sa remise contre paiement.
C'est une ambiguïté très importante : Jeanne était réclamée simultanément comme suspecte d'hérésie par l'autorité ecclésiastique et comme prisonnière recherchée par le gouvernement anglais.
5. Et le document du 30 août apporte une preuve extraordinaire
L'acte royal dit donc qu'Henri Beaufort avait avancé 600 livres au roi :
« pour aidier a paier les dix mil livres tournois pour ravoir Jehanne la Pucelle ».
Cela signifie que le financement était déjà en cours avant même que Jeanne ne soit remise aux Anglais.
Et un autre document financier montre que les Anglais avaient organisé une importante escorte pour récupérer Jeanne : le compte de John Hotoft, garde de la garde-robe d'Henri VI, mentionne le paiement de gens chargés de l'accompagner jusqu'à Rouen.
6. Donc, qui a payé qui ?
On peut finalement représenter l'opération ainsi :
Et parallèlement :
7. Une précision importante sur le mot « vente »
Dire « Jean de Luxembourg vendit Jeanne aux Anglais » est historiquement compréhensible, et les sources modernes emploient effectivement ce vocabulaire.
Mais les documents de l'époque parlent plutôt d'achat, de paiement, de rançon et de remise.
Le document fiscal normand est particulièrement brutal dans sa formulation : il parle explicitement de « l'achat de Jehanne la Pucelle ».
Donc oui, il existe bien une base documentaire du XVe siècle pour parler de l'« achat » de Jeanne pour 10 000 livres tournois.
Et surtout, le cliché selon lequel « les Anglais ont payé Jeanne avec leur propre argent » doit être corrigé : une partie essentielle du financement provenait de la fiscalité imposée à la Normandie, territoire français alors contrôlé par les Lancastriens.
Si tu veux aller encore plus loin, je peux te reproduire le passage original du Procès de condamnation de Jeanne d'Arc (Quicherat, t. I, p. 9-13), en ancien français, puis le traduire ligne par ligne. C'est là qu'on voit presque sous nos yeux la négociation de Cauchon avec Jean de Luxembourg.
Oui, et c’est très important pour comprendre la légalité de la « vente » de Jeanne. Il faut replacer l’affaire dans le droit de la guerre et les usages de la guerre chevaleresque au XVe siècle, et éviter de lui appliquer directement les Conventions de Genève modernes.
1. Jeanne était normalement une prisonnière de guerre
Jeanne a été capturée les armes à la main, le 23 mai 1430, lors de la défense de Compiègne. Elle était donc, selon les usages de la guerre de son temps, une prisonnière de guerre de très haut rang.
La pratique médiévale permettait effectivement au capturateur de tirer un profit financier de son prisonnier : la rançon.
Plus le prisonnier était important, plus sa rançon pouvait être élevée. Les usages du temps faisaient ainsi de Jeanne une prisonnière ayant une valeur de rançon considérable.
2. Le capturateur avait donc un intérêt économique
C'est ici que notre discussion sur les 10 000 livres prend tout son sens.
Jean de Luxembourg, qui détenait Jeanne, pouvait normalement espérer obtenir une rançon.
Mais les Anglais avaient un intérêt particulier à la récupérer.
Le document de la procédure du 14 juillet 1430 est extrêmement révélateur. Cauchon écrit, au nom du roi d'Angleterre, que Jeanne devait être remise pour être jugée par l'Église, tout en proposant une compensation aux personnes qui l'avaient capturée et détenue.
Le document évoque même la coutume selon laquelle, pour un prisonnier de très haut rang — roi, dauphin ou prince — 10 000 francs pouvaient permettre au roi de se le faire remettre à son capturateur.
C'est donc un argument fondé sur le droit et la coutume de la guerre de l'époque, et non simplement une invention financière des Anglais.
3. Mais il y avait une difficulté juridique considérable
Et c'est probablement le point le plus intéressant.
Cauchon lui-même reconnaît dans son acte que Jeanne était une prisonnière particulière.
Il fait écrire, en substance, que :
« elle ne doit point être de prise de guerre »
tout en proposant néanmoins une somme aux personnes qui l'ont capturée et détenue.
Pourquoi cette apparente contradiction ?
Parce que les Anglais voulaient sortir Jeanne du régime ordinaire de la prisonnière de guerre.
Ils prétendaient qu'elle était accusée de crimes religieux : sorcellerie, idolâtrie, invocation des mauvais esprits, etc.
Ils cherchaient donc à faire passer Jeanne :
prisonnière de guerre → accusée d'hérésie → justiciable d'un tribunal ecclésiastique.
C'est absolument essentiel pour comprendre le procès de Rouen.
4. La rançon et le procès pour hérésie sont donc liés
Au départ, Jeanne possède une valeur militaire et financière.
Puis les Anglais comprennent qu'elle représente également un danger politique et symbolique extraordinaire.
Elle avait :
- participé à la levée du siège d'Orléans ;
- accompagné Charles VII ;
- contribué à son sacre à Reims ;
- affirmé agir sur ordre de Dieu.
La faire condamner comme hérétique pouvait donc permettre de discréditer religieusement Jeanne et, indirectement, la légitimité du sacre de Charles VII.
C'est pourquoi son transfert aux Anglais ne doit pas être compris comme une simple transaction commerciale.
5. Et les 10 000 livres correspondent bien à la logique de la rançon médiévale
Une étude historique de la question décrit explicitement Jeanne comme une « prisonnière de guerre de grande valeur, susceptible d'une forte rançon », et rappelle que Cauchon proposa de dédommager Jean de Luxembourg de la valeur de cette rançon.
Le gouvernement anglais fit finalement réunir les 10 000 livres tournois nécessaires à l'opération ; des documents montrent même que 600 livres avaient été avancées par le cardinal Henri Beaufort dès août 1430 pour contribuer au paiement des 10 000 livres destinées à « ravoir Jehanne la Pucelle ».
6. Mais attention à une confusion : « droit de la guerre » ≠ droit international moderne
Au XVe siècle, il n'existe évidemment pas de Convention de Genève, ni de droit international humanitaire codifié comme aujourd'hui.
On a plutôt un ensemble de :
- coutumes militaires ;
- usages chevaleresques ;
- droit féodal ;
- droit canonique ;
- pratiques concernant les prisonniers et les rançons ;
- principes de la guerre juste.
Et ces règles étaient loin d'être toujours respectées.
Il est donc excessif de dire :
« Les Anglais ont violé le droit international en vendant Jeanne. »
Mais il est parfaitement légitime de demander :
« Ont-ils respecté les règles et usages applicables à une prisonnière de guerre lorsqu'ils l'ont transformée en accusée d'hérésie ? »
Et là, la question devient beaucoup plus délicate.
7. Le point particulièrement troublant : Jeanne voulait s'échapper
Jeanne savait parfaitement ce qui l'attendait chez les Anglais. Lors de son procès, elle déclara :
« J'aimasse mieux mourir que d'estre mise en la main des Anglais. »
Elle tenta effectivement de s'échapper de Beaurevoir.
Et, selon le témoignage rapporté au procès, elle expliqua également qu'elle ne pensait pas avoir violé sa foi en tentant de s'évader puisqu'elle n'avait donné sa foi à personne.
C'est justement un point très intéressant du point de vue du droit des prisonniers de guerre médiéval : la question de savoir si Jeanne avait donné sa parole de prisonnière (foi) était juridiquement et moralement importante.
Donc, oui : la « vente » de Jeanne aux Anglais s'inscrit bien dans les pratiques médiévales de capture et de rançon. Mais l'affaire devient juridiquement beaucoup plus controversée lorsque les Anglais cherchent à faire passer une prisonnière de guerre capturée au combat dans la catégorie d'une personne poursuivie pour hérésie. C'est précisément à cette jonction entre droit de la guerre, droit canonique et politique que se trouve une grande partie du mystère juridique du procès de Rouen.
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