1. Fondation
Il a été fondé par le roi Édouard III d'Angleterre, traditionnellement en 1348.
Son nom vient de la jarretière (garter), bande portée autour de la jambe. Sa devise est :
Honi soit qui mal y pense
C'est-à-dire : « Honni soit qui mal y pense ».
La devise est en français, ce qui rappelle la place considérable qu'occupait encore la culture française dans la haute aristocratie anglaise au XIVᵉ siècle.
2. La fameuse histoire de la jarretière
Une tradition raconte qu'au cours d'un bal, une dame aurait perdu sa jarretière. Édouard III l'aurait ramassée et, devant les moqueries des courtisans, aurait prononcé :
« Honi soit qui mal y pense. »
Il aurait ensuite fait de la jarretière l'emblème de son nouvel ordre.
Cette histoire est cependant très probablement légendaire. Les historiens ne disposent pas de preuves permettant d'en faire le véritable récit de la fondation.
3. Un ordre extrêmement fermé
L'ordre est volontairement limité.
Traditionnellement, il comprend :
- le souverain britannique, qui en est le grand maître ;
- le Prince de Galles, membre de droit ;
- 24 chevaliers ou dames compagnons ;
- quelques membres supplémentaires appartenant à la famille royale ;
- des membres étrangers appelés « chevaliers étrangers » (Stranger Knights).
C'est donc une distinction beaucoup plus exclusive que la plupart des décorations britanniques.
4. Une particularité remarquable
Contrairement à de nombreuses décorations modernes, la Jarretière n'est pas principalement une récompense destinée à reconnaître une carrière administrative, militaire ou civile.
Elle représente plutôt une appartenance à une fraternité chevaleresque d'élite, directement liée à la monarchie.
Le souverain choisit personnellement les nouveaux membres.
5. La chapelle de l'ordre
L'ordre est étroitement associé à la chapelle Saint-Georges du château de Windsor.
St George's Chapel
C'est là que se trouve la principale résidence spirituelle et cérémonielle de l'ordre.
Chaque année, les chevaliers et dames participent à une grande cérémonie solennelle à Windsor : la Garter Day, généralement en juin.
Ils portent alors leurs magnifiques robes de cérémonie, leur manteau bleu, leur chapeau à plumes et surtout les insignes de l'ordre.
6. Les insignes
L'emblème principal est évidemment une jarretière bleue, portant en lettres d'or :
HONI SOIT QUI MAL Y PENSE
Les chevaliers portent également une étoile représentant la croix de saint Georges entourée de la jarretière.
Ils portent aussi un collier auquel est suspendue une représentation de saint Georges terrassant le dragon.
7. Pourquoi « ordre de la Jarretière » ?
Il faut bien distinguer l'objet de l'institution.
La jarretière était à l'origine une pièce de vêtement servant à maintenir un bas. Mais elle devient ici un symbole chevaleresque.
L'ordre possède donc une structure comparable, dans son principe, aux grands ordres de chevalerie médiévaux : une communauté restreinte, placée sous l'autorité du souverain, avec ses propres insignes, cérémonies, traditions et siège religieux.
8. Le rapport avec la France
C'est particulièrement intéressant dans le contexte de la guerre de Cent Ans que tu étudies.
Édouard III revendiquait la couronne de France et était lui-même profondément lié à la culture aristocratique française. La création de la Jarretière s'inscrit dans cette époque où la monarchie anglaise cherchait à construire une identité chevaleresque et monarchique propre, tout en utilisant largement les codes de la chevalerie française.
La Jarretière peut ainsi être rapprochée, sans être simplement assimilée, des grands ordres de chevalerie continentaux.
Elle est contemporaine des transformations qui conduisent notamment à la création de l'ordre de la Toison d'Or par Philippe le Bon en 1430 — presque un siècle plus tard.
9. Une survivance exceptionnelle du Moyen Âge
C'est finalement ce qui rend l'ordre fascinant : une institution créée au XIVᵉ siècle fonctionne encore aujourd'hui.
Il ne s'agit pas simplement d'un nom historique conservé : il existe toujours une communauté de chevaliers et de dames, un cérémonial, des insignes, une chapelle, des offices religieux et une procession annuelle.
À cet égard, la Jarretière constitue l'un des exemples les plus remarquables de continuité institutionnelle entre la monarchie médiévale et la monarchie britannique contemporaine.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire